Bruxelles : Martin Fayulu plaide pour un dialogue inclusif avec Kabila et Nangaa
La question des participants au futur dialogue national en République démocratique du Congo prend une nouvelle dimension. Depuis Bruxelles, l’opposant Martin Fayulu insiste sur la nécessité d’un processus réellement inclusif, estimant que certaines figures majeures de la crise congolaise, notamment l’ancien président Joseph Kabila et Corneille Nangaa, ne peuvent être écartées de la table des discussions.
Dans son intervention, Fayulu défend l’idée que le dialogue doit réunir les principaux protagonistes de la crise, y compris ceux dont les positions sont aujourd’hui particulièrement controversées. À propos de Joseph Kabila, il rappelle son statut d’ancien chef de l’État et considère que son poids politique et historique doit être pris en compte dans toute démarche visant à rechercher une issue à la crise.
L’opposant va plus loin en évoquant également Corneille Nangaa, ancien président de la CENI et aujourd’hui dirigeant de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), plateforme politico-militaire dont fait partie le M23. Cette dimension rend sa participation particulièrement sensible, mais, pour Fayulu, l’inclusivité du dialogue suppose précisément de pouvoir mettre autour d’une même table les acteurs aux responsabilités et aux positions différentes.
« Les linges sales se lavent en famille »
Le message de Fayulu repose sur une logique de réconciliation politique. L’opposant affirme être disposé à « pardonner » à Joseph Kabila et à Corneille Nangaa, dans l’objectif de privilégier la recherche d’une solution congolaise à la crise.
Cette posture intervient dans un contexte où plusieurs initiatives diplomatiques et nationales cherchent à ouvrir la voie à un dialogue politique. La CENCO et l’Église du Christ au Congo (ECC) ont notamment été associées aux démarches en faveur d’un processus permettant de rapprocher les différentes composantes de la classe politique congolaise.
L’enjeu dépasse donc la seule participation de deux personnalités. Il porte sur la définition même du caractère « inclusif » du dialogue : qui doit être invité, au nom de quel mandat, avec quelles garanties et autour de quelles questions ?
De la confrontation à la réconciliation
La position affichée à Bruxelles traduit aussi une évolution du discours de Fayulu : plutôt que de conditionner le dialogue à l’exclusion de certains acteurs, il met en avant la nécessité de les confronter politiquement dans un cadre national.
Cette approche rejoint une réalité souvent rappelée dans les processus de sortie de crise : les protagonistes d'un conflit peuvent être amenés à négocier malgré leurs antagonismes. Des prises de position antérieures de Fayulu montrent d’ailleurs qu’il défend depuis plusieurs mois l’idée d’un dialogue permettant de traiter les causes profondes de la crise congolaise.
Mais cette ouverture soulève une question centrale : jusqu’où peut aller l’inclusivité sans entrer en contradiction avec les procédures judiciaires et les responsabilités présumées de certains acteurs dans la crise sécuritaire de l’Est ?
Le cas de Joseph Kabila est particulièrement sensible, tandis que Corneille Nangaa est aujourd’hui associé à l’AFC, acteur politico-militaire engagé dans le conflit. Des analyses récentes soulignent justement la difficulté d’intégrer les différentes composantes de l’opposition politique et politico-militaire dans un même processus.
Un message politique à Kinshasa
Depuis Bruxelles, Martin Fayulu adresse ainsi un message qui dépasse le cadre de son intervention devant la diaspora : si dialogue il doit y avoir, il doit pouvoir réunir les Congolais autour d’une même table, y compris ceux qui se sont retrouvés aux antipodes du pouvoir de Kinshasa.
La formule « les linges sales se lavent en famille » résume cette philosophie : privilégier une solution congolaise aux crises congolaises, par la confrontation politique, le pardon et la recherche d’un compromis.
Reste désormais à savoir si cette vision de l’inclusivité sera partagée par le pouvoir, les autres forces de l’opposition et surtout par les acteurs concernés eux-mêmes. Car derrière la question des invitations se joue l’un des principaux enjeux du futur dialogue : transformer un face-à-face marqué par la méfiance et les conflits en un espace de négociation capable de produire des engagements acceptés par les principales parties.
José-Junior Owawa
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