Julien Paluku: son passé sous Kabila contredit ses sermons [EDITO]
Dans une longue tribune publiée sur X, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, tente de dresser un parallèle entre l’histoire coloniale du Congo et la situation politique actuelle, allant jusqu’à convoquer Léopold II, Lumumba et Mobutu pour « conscientiser » le peuple congolais. Mais derrière ce vernis intellectuel se cache une contradiction fondamentale : Paluku n’est pas un simple analyste, il est un acteur majeur du système qu’il prétend dénoncer aujourd’hui.
Un discours moralisateur qui sonne creux
Julien Paluku exhorte les Congolais à « prendre conscience » des manipulations extérieures et des trahisons internes qui, selon lui, ont jalonné l’histoire du pays. Il rappelle la Conférence de Berlin, l’assassinat de Lumumba, le régime de Mobutu et l’ère Kabila, pour conclure que la RDC doit « construire son système de défense » et mettre fin à sa dépendance.
Mais peut-on sérieusement écouter un homme qui fut l’un des piliers du système Joseph Kabila, un régime accusé de pillage économique, de corruption endémique et de compromissions diplomatiques ? Paluku a longtemps été gouverneur, ministre et cadre fidèle de ce régime. Aujourd’hui, parce qu’il siège dans le gouvernement Tshisekedi, il se pare des habits du donneur de leçons.
De Kabila à Tshisekedi : la même logique
Il est facile d’invoquer l’histoire quand on veut détourner l’attention du présent. Or, que fait concrètement Paluku pour corriger les injustices qu’il dénonce ? La RDC est encore aujourd’hui un pays dont les richesses minières s’évaporent au profit de multinationales et de réseaux opaques. Les chiffres du commerce extérieur – dont il a la charge – témoignent de la faiblesse structurelle de l’État face aux trafics.
En réalité, Julien Paluku n’a jamais été du côté du peuple. Sous Kabila, il a consolidé son pouvoir régional et national dans un système qui a affaibli les institutions et hypothéqué l’avenir du pays. Sous Tshisekedi, il poursuit la même logique : se maintenir au pouvoir, profiter des privilèges, et maintenant se présenter comme un « sage » qui aurait compris les leçons de l’histoire.
La mémoire sélective
Oui, l’histoire coloniale du Congo est marquée par l’exploitation et le mépris des puissances étrangères. Oui, Lumumba fut assassiné parce qu’il voulait un Congo souverain. Oui, Mobutu et Kabila ont fait de la RDC une rente politique pour leurs parrains extérieurs. Mais entendre ce rappel d’un homme qui a été au cœur du système Kabila est une insulte à l’intelligence collective.
Plutôt que de moraliser, Paluku devrait reconnaître sa propre responsabilité dans la déchéance économique et politique de la RDC. Car avant de pointer l’ingérence étrangère, il faudrait d’abord avouer la complicité intérieure qui permet ce pillage permanent.
La RDC n’a pas besoin de leçons d’histoire tronquées pour « prendre conscience ». Elle a besoin d’hommes et de femmes qui allient leurs discours à leurs actes, qui assument leurs passés politiques, et qui travaillent réellement à redresser le pays.
Julien Paluku, jouisseur politique passé maître dans l’art de surfer d’un régime à l’autre, n’a aucune légitimité pour s’ériger en prophète du patriotisme. Le peuple congolais attend des solutions concrètes, pas des sermons opportunistes d’un ministre qui fut – et demeure – partie prenante du problème.
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