:
:
Mode nuit
Lubero : présence des sujets chinois sous protection armée signalée dans un carré minier de Bapere (enquête)

Illustration

501
Actualités
Lubero : présence des sujets chinois sous protection armée signalée dans un carré minier de Bapere (enquête)

Des opérateurs chinois, accompagnés d'éléments armés, ont été signalés en progression dans la zone minière située dans le secteur des Bapere, axe Manguredjipa-Bandulu, territoire de Lubero en province du Nord-Kivu, dont les droits seraient déjà régulièrement octroyés par l'État congolais à des opérateurs nationaux.

 Qui les a autorisés ? Avec quel titre? Et pourquoi sous escorte militaire?

C'est une alerte qui remonte du terrain et qui pose des questions explosives sur la gouvernance minière au Nord-Kivu.

Selon plusieurs sources locales concordantes contactées par notre rédaction dans le secteur des Bapere, un groupe d'opérateurs présentés comme chinois se dirigerait depuis quelques jours vers un périmètre minier aurifère situé sur l'axe Manguredjipa.

Le fait en lui-même ne serait pas anormal si ce périmètre n'était pas, selon nos informations, déjà couvert par des droits miniers valides, enregistrés au Cadastre Minier (CAMI) au profit d'opérateurs congolais.

Plus grave : ce convoi serait escorté par des hommes en armes.

Trois questions sans réponse

Cette progression soulève trois questions de légalité qui, à ce stade, restent sans réponse officielle.

1. Qui a autorisé l'accès ?

Le Code minier congolais est clair : nul ne peut accéder à un périmètre déjà octroyé sans l'accord du titulaire et sans titre valide délivré par le CAMI. Si ces opérateurs disposent d'un Permis de Recherche, d'un Permis d'Exploitation ou d'une Autorisation d'Exploitation Artisanale, ces documents doivent être présentés et confrontés aux titres préexistants.

2. Sur quelle base l'escorte armée a-t-elle été accordée ?

Dans une province sous état de siège où les FARDC et les forces de sécurité sont mobilisées contre les groupes armés, notamment les ADF très actifs dans le secteur de Bapere même - la société civile locale les accusait encore en avril 2025 d'exploiter illégalement l'or de Bapere - l'affectation d'éléments armés à la sécurisation d'intérêts privés étrangers interpelle. Quelle autorité provinciale ou militaire a réquisitionné ces hommes? S'agit-il de sécurisation de personnes ou de facilitation d'accès à un site contesté? 

3. Deux poids, deux mesures ?

L'affaire prend une dimension politique lorsque des entrepreneurs congolais affirment s'être vu opposer une fermeture des guichets pour de nouvelles attributions minières dans la même zone. Comment comprendre que le cadastre serait fermé aux nationaux mais ouvert, de facto, à des étrangers sous escorte?

Le secteur de Bapere-Manguredjipa est historiquement connu comme l'un des pôles aurifères majeurs du Lubero, aux côtés de Bunyatenge et Kasugho, où l'exploitation reste majoritairement artisanale mais très convoitée. 

Un schéma déjà vu au Sud-Kivu

Ce mode opératoire n'est pas sans rappeler les scandales documentés au Sud-Kivu, notamment à Mwenga et Kamituga, où des sociétés chinoises ont été suspendues pour exploitation illégale sans respect de la procédure d'obtention du droit minier, d'étude d'impact environnemental et de cahier des charges communautaire. En 2024, le gouverneur du Sud-Kivu avait d'ailleurs suspendu plus d'une centaine de sociétés jugées illégales. 

La population locale avait alors dénoncé, comme aujourd'hui à Bapere, la présence de militaires gardant des opérateurs privés, ce que le code minier n'autorise pas.

Ce qui doit être fait en urgence 

Notre démarche n'est pas une opposition aux investissements étrangers. La RDC a besoin d'investisseurs sérieux qui respectent les lois de la République.

Nous demandons, dans le cadre de cette investigation : Au CAMI et au Ministère des Mines, de publier la cartographie des titres valides sur le secteur Bapere-Manguredjipa concerné ;

Au Gouvernorat du Nord-Kivu et à l'Administration du Territoire de Lubero de Clarifier qui a autorisé la mission et l'escorte ; Aux opérateurs chinois concernés, de Présenter publiquement leur titre minier, leur autorisation de circulation et l'ordre de mission de leur escorte.

En attendant la clarification, la progression vers ce carré minier déjà attribué devrait être suspendue par mesure conservatoire, afin de préserver la sécurité juridique des investisseurs congolais.

Car au-delà de ce périmètre, c'est une question fondamentale qui est posée : quelle garantie l'État congolais offre-t-il à un entrepreneur national qui obtient ses droits en toute légalité, s'il doit ensuite défendre son carré minier face à un convoi sous escorte armée?

Les autorités compétentes sont saisies. Nous maintenons notre enquête ouverte.

La Rédaction

Powered by Froala Editor

Avez-vous trouvé cet article utile?
Oui
Lire Aussi:
0 Comments
Please login to leave a comment