Maniema : Crise ouverte au sommet de l'exécutif provincial
Une crise institutionnelle aigue ébranle la province du Maniema, opposant le gouverneur et son vice-gouverneur, et dont l'écho a retenti avec force ce mercredi à l'Assemblée provinciale. Le déclencheur public de cette fracture est une série de dénonciations officielles du vice-gouverneur, Katisamba Makubuli Corneille, qui accuse son administration d'être le théâtre de graves malversations financières.
Dans une lettre datée du 05 décembre 2025 adressée à l'Assemblée provinciale et à de hautes autorités nationales, le vice-gouverneur dresse un tableau alarmant de la gestion publique. Il dénonce des « détournements de fonds » facilités par « la production de pièces comptables manifestement fausses ». Pour illustrer ses accusations, il cite l'exemple d'un « montant de cinq cent mille dollars américains (500 000 USD) destiné uniquement au fonctionnement » qui n'aurait généré « aucun impact visible », notant que les services manquent de fournitures élémentaires et que les salaires accusent « un retard de plus de onze (11) mois ». Il joint à sa dénonciation une liste détaillée de fonds, en dollars et en francs congolais, qu'il estime avoir été indûment utilisé sans justification valable, et exige la création urgente d'une commission d'enquête parlementaire et le déclenchement d'un audit par l'Inspection Générale des Finances.
La réaction du camp du gouverneur est lieu sous la forme d'une mise à distance politique. Victor Ofango Ikysi-Aikande, cadre du parti FIDEC (Front des Indépendants pour la Démocratie Chrétienne), n'est pas issu le vice-gouverneur, et Directeur de Cabinet Adjoint du gouverneur, a publié une lettre de « désolidarisation » datée du 09 décembre 2025. Il y affirme ne « connaître ni les locataires ni les aboutissants des actions » du vice-gouverneur et se désolidariser « formellement » de ses démarches, précisant n'avoir été « ni consulté ni associé à ces initiatives ». Cette prise de position révèle une fissure au sein de la majorité politique provinciale.
Le vice-gouverneur, dans une seconde missive également du 05 décembre 2025 envoyée au Vice-Premier Ministre de l'Intérieur, dénonce une contre-offensive. Il y alerte sur une « tentative de déstabilisation institutionnelle », évoquant des manœuvres pour « pousser à initier une motion de défiance injustifiée » contre sa personne. Selon lui, ces actions visent à « détourner l'attention » des questions financières qu'il a soulevées.
Cette guerre interne a culminé ce mercredi à l'Assemblée provinciale. Le député Ngongo Kitenge Constantin a interpellé le vice-gouverneur, également gouverneur ad intérim en l'absence du titulaire, pour son absence à la plénière de ce mercredi 10 décembre et pour des correspondances jugées à « allure d'autosuffisance ». Le parlementaire a qualifié cette attitude d'« affront direct aux institutions », démontrant comment le conflit au sein de l'exécutif est désormais désactivé sur les relations avec le pouvoir législatif provincial.
La province du Maniema se trouve ainsi plongée dans une triple crise : une crise de confiance au sommet de son exécutif, une crise politique au sein de sa majorité, et une crise institutionnelle entre l'exécutif et le législatif. Les graves accusations de détournement de fonds publics, couplées aux manœuvres politiques prononcées, placent désormais l'Assemblée provinciale et les autorités judiciaires et financières nationales saisies du dossier dans l'obligation de réagir pour faire la lumière et préserver la stabilité de la province.
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