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Maniema : richesses exploitées, populations sacrifiées — un rapport accablant dénonce l'anarchie minière

Page de garde du rapport sur l’exploitation minière au Maniema

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Société
Maniema : richesses exploitées, populations sacrifiées — un rapport accablant dénonce l'anarchie minière

Un rapport explosif de l'ONG Patrice Emery Lumumba pour le Développement Communautaire, la Défense et la Promotion des Droits Humains (PELDDH), publié ce dimanche 7 décembre 2025, dresse un tableau alarmant de l'exploitation minière dans la province du Maniema. Basé sur une enquête de terrain menée d'août à novembre 2025 dans six territoires, le document met en lumière un secteur minier plongé dans l'illégalité, l'impunité et des pratiques aux conséquences dévastatrices pour les populations locales.

Selon le rapport, l'activité minière dans le Maniema est « largement informelle » et marquée par une « violation systématique du code minier et de son règlement ». Plusieurs entreprises — dont des sociétés chinoises telles que Congo Jia Xin, METACHEM ou BRITCON — exploiteraient des gisements avec de simples permis de recherche, sans jamais les convertir en permis d'exploitation, une obligation pourtant inscrite dans la loi. Certaines opèrent même « sans aucun permis légal », bénéficiant d'une protection de certains officiels.

Pollution massive et destruction des écosystèmes

Les impacts environnementaux relevés sont considérables. Le rapport évoque la pollution des rivières, la déforestation, la dégradation des sols et l'absence totale d'études d'impact environnemental.

L'utilisation de 49 « machines dragues » par des opérateurs chinois et ghanéens est particulièrement pointue du doigt : elles bouleversent les lits des rivières, polluent les eaux et provoquent chez les habitants des « maladies de la peau », tandis que la destruction des terres arables favorise une « avancée de la désertification ».

Conséquences sociales : famine, déscolarisation et conflits

Le tableau social est tout aussi sombre. Le PELDDH dénonce une augmentation de la famine dans plusieurs localités, l'abandon scolaire des enfants, la présence de femmes enceintes sur les sites miniers et des conflits fonciers récurrents entre coopératives.

Malgré l'obligation légale d'investir dans les communautés via un cahier des charges, les entreprises minières ne respectent pas leurs engagements et ne réalisent pas les projets prévus, laissant les populations dans une grande précarité.

Une gouvernance minière défaillante

Le rapport souligne également la faiblesse de la gouvernance provinciale. Les services de l'État peu de contrôle, les redevances minières destinées aux entités administratives locales ne sont pas perçues, et un « parrainage politique » constant permet aux entreprises illégales de prospérer en toute tranquillité.

Le cadre légal est ainsi « foulé au pied », privant la province des retombées de ses propres richesses.

Des recommandations fortes pour briser l'impunité

Face à cette situation, le PELDDH appelle le ministère des Mines à suspendre et sanctionner sévèrement les sociétés en infraction, ainsi qu'à instaurer un système de traçabilité rigoureux.

Le ministère de l'Environnement est exhorté à exiger des réparations pour les communautés sinistrées, tandis que la justice est invitée à ouvrir des enquêtes contre les opérateurs agissant dans toute irrégularité.

Une province riche, des populations pauvres

En conclusion, le rapport du Pool Maniema du PELDDH décrit une province dont le sous-sol regorge de minéraux stratégiques, mais où l'exploitation illégale, prédatrice et souvent protégée politiquement, accentue la pauvreté, détruit l'environnement et marginalise les communautés locales.

Un paradoxe qui, selon l'ONG, appelle des mesures urgentes pour remettre la loi au centre de la gouvernance minière et garantir enfin le développement promis.

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