Ouganda : la tension monte d’un cran au lendemain de la présidentielle
Au lendemain du scrutin présidentiel et législatif, la tension monte d’un cran en Ouganda. Après avoir affirmé que la résidence du candidat à la présidentielle Bobi Wine était encerclée, son parti déclare que l’opposant aurait été enlevé par un hélicoptère de l'armée. L’opposition accuse aussi l’armée d’avoir tué dix de ses partisans à Butambala, au centre du pays. Des accusations contestées par les forces de l'ordre.
En Ouganda, le climat reste très tendu, alors que la National Unity Platform (NUP), le parti de Bobi Wine, annonçait ce vendredi soir son enlèvement par un hélicoptère de l’armée. Le porte-parole de la police de Kampala, joint par RFI, « dément » cette information qui n’a pas pu être recoupée de source indépendante en raison de la coupure internet et de la forte perturbation des lignes téléphoniques en Ouganda.
Plus tôt, Bobby Wine affirmait que son domicile était encerclé par l’armée qui aurait « coupé l’électricité » puis « tenté de forcer l’entrée » selon son parti. Le parti affirme que les accès ont été bouclés, empêchant tout mouvement, et que des agents ont franchi la clôture pour installer des tentes à l’intérieur de la propriété. « Nous assurons simplement sa sécurité », a rétorqué le porte-parole de la police.
Deus Kenyesigye est un défenseur des droits de l’homme ougandais, membre du Réseau de solidarité panafricain, réfugié au Kenya. Contacté par RFI, il donne plus de détails.
''Les forces de sécurité ou les « goons », ces casseurs payés par le pouvoir, ont attaqué sa résidence où ses amis s’étaient réunis. 10 personnes ont été abattues. C’est une menace, bien sûr, qui pèse sur tous ceux qui sont liés ou associés directement à la NUP, la Plateforme pour l’unité nationale. Le président du parti, Bobi Wine, a également été placé en résidence surveillée. Des militaires et des policiers encerclent son domicile à Magere. Ils ont coupé toutes les routes qui y mènent. Il n’est pas possible d’en sortir, ni d’y entrer. Nous sommes donc très inquiets pour sa sécurité et nous prions pour qu’il se porte bien. Mais ce n’est pas tout. Beaucoup d’observateurs dans de nombreux bureaux de vote ont été enlevés ou arrêtés. Et personne ne condamne cela.''
« Des heurts violents sont en cours », indiquait cet après-midi l’ambassade de France dans un message à ses ressortissants qu’elle invite à se « mettre à l’abri ». De même que l’ambassade des États-Unis, qui signalait des « tirs en l’air » pour disperser les manifestants.
Des heurts ont été aussi signalés à Butambala, dans le centre de l'Ouganda. Dans ce fief de l’opposition, le député de la National Unity Platform, Muwanga Kivumbi, affirme à l’AFP que dix de ses partisans ont été tués à l’intérieur de son domicile lors d’une intervention de l’armée. Il parle de tirs nourris, puis de preuves emportées par les soldats. « Il ne reste qu’une mare de sang », affirme-t-il. Un bilan confirmé par des sources issues de la société civile, tandis que la police parle de sept morts et de légitime défense de la part des forces de l’ordre.
Scènes de liesse dans le camp du président sortant
Partout, le dispositif sécuritaire reste très présent. À Lira, dans le nord, un témoin décrit à RFI une ville calme mais quadrillée, où l’information arrive au compte-gouttes. Et sur le terrain, on voit déjà des scènes de liesse dans le camp du président sortant Yoweri Museveni, donné largement en tête par les résultats partiels. En face, l’opposition dénonce des irrégularités. Et, selon une source, à ce stade, plus de 80% des bulletins auraient déjà été comptabilisés.
Nombre d'observateurs voient dans ces élections une formalité pour le président sortant Yoweri Museveni, ex-guérillero âgé de 81 ans, qui vise un septième mandat consécutif en s'appuyant sur un contrôle total de l'appareil électoral et sécuritaire.
Les autorités bloquent internet depuis mardi. Un important dispositif sécuritaire a été mis en place à travers le pays.
Avec RFI
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